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Un monde sans fruits ni légumes ?

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Un monde sans fruits ni légumes ?

Message par papiculteur2 le Mer 20 Fév 2008, 01:16

Sur l'ensemble de la planète, les abeilles sont en déclin (Le Monde du 30
août). Ces pollinisatrices essentielles peuvent-elles disparaître ?


Il y a cinq ans, j'aurais considéré cette
hypothèse comme totalement futuriste. Aujourd'hui, je la prends au
sérieux, car le déclin se mesure désormais à l'échelle mondiale. Chez
les populations sauvages comme chez l'abeille domestique.
Sur
tous les continents, et de plus en plus souvent, les productrices de
miel meurent dans des proportions trop importantes à la sortie de
l'hiver. En Europe, nombre d'apiculteurs ont dû mettre la clé sous la
porte. Aux Etats-Unis, où l'on parle d'un \"syndrome d'effondrement des
colonies\", 25 % du cheptel aurait disparu pendant l'hiver 2006-2007. En
ce qui concerne les abeilles sauvages (soit mille espèces différentes
en France), le doute a subsisté plus longtemps. Mais le débat a été
récemment tranché par deux publications scientifiques. La première,
parue dans Science en juillet 2006, démontre que les populations en
Grande-Bretagne et aux Pays-Bas ont considérablement baissé depuis la
fin des années 1970. La seconde, émanant de l'Académie des sciences des
Etats-Unis, concluait en octobre 2006 au déclin significatif des
pollinisateurs en Amérique du Nord (Canada, Etats-Unis, Mexique).
S'il n'y a plus d'abeilles dans le monde, que se passera-t-il ?
Un
bouleversement sans précédent dans l'histoire de l'humanité.
Actuellement, plus de 80 % des espèces de plantes à fleurs dans le
monde et 80 % également des espèces cultivées en Europe dépendent
directement de la pollinisation par les insectes : des abeilles, pour
l'essentiel. Le plus souvent, d'autres agents, comme le vent ou
l'autopollinisation passive, contribuent également à leur reproduction
sexuée. Mais, sans les butineuses, la plupart des cultures n'atteignent
plus une production satisfaisante. C'est le cas de nombreuses espèces
sauvages (romarin, thym, lavande, moutarde), des arbres fruitiers
(pommiers, poiriers, abricotiers, amandiers), des grandes cultures
oléagineuses (colza, tournesol) et protéagineuses, des cultures
maraîchères (cucurbitacées, tomates, fraises). Et aussi des semences de
crucifères (radis, choux, navets), d'ombellifères (carottes, céleri,
persil) et d'alliacées (oignons, poireaux). Difficile d'imaginer un
repas auquel les abeilles ne soient pas associées de près !
Un monde sans fleurs, sans fruits ni légumes, est-ce cela qui nous menace ?
Il
y a un an, une étude internationale a évalué, pour la première fois à
cette échelle, la dépendance aux pollinisateurs de la production
agricole mondiale. Elle s'est intéressée aux 115 cultures les plus
importantes, directement utilisées pour l'alimentation humaine dans
plus de 200 pays. Conclusion : rapportée au tonnage, 35 % de la
production de nourriture dépend des insectes.Concrètement, la
disparition des abeilles ne signifie donc pas que l'espèce humaine
mourra de faim, puisque 60 % des cultures - principalement les céréales
comme le blé, le maïs et le riz - ne sont pas concernées. Mais la
diversité alimentaire en serait profondément altérée.
Pourra-t-on suppléer, par la technique ou l'élevage, à l'absence des pollinisateurs naturels ?
Aucune
des solutions envisagées n'est satisfaisante. Polliniser les cultures
par des espèces d'élevage, comme on le fait déjà avec des bourdons pour
les tomates sous serre ? Peu réaliste en plein champ. Les polliniser
manuellement, à l'instar de ce qui est mis en oeuvre pour la vanille ?
Non rentable à grande échelle. Augmenter techniquement la pollinisation
par le vent ? Plusieurs entreprises s'y sont déjà essayées dans le
monde, qui avec des hélicoptères, qui avec des machines secouant les
plantes... Mais aucune méthode n'a jamais été retrouvée sur le marché.Dans
certains cas, d'autres espèces pollinisatrices - des mouches, par
exemple - viendront peut-être remplacer les abeilles. Et certaines
variétés végétales, moins dépendantes des insectes que celles que nous
avons sélectionnées depuis des siècles, prendront peut-être leur essor.
Enfin, certaines cultures peuvent produire des fruits sans fécondation,
soit de façon spontanée (la banane), soit grâce à la pulvérisation
d'hormones spécifiques (tomate, courgette). Mais ces techniques sont
loin d'être applicables à toutes les espèces, et les conséquences sur
la qualité gustative des fruits sont parfois catastrophiques.
Que faire pour tenter d'enrayer le déclin des abeilles ?
Les
causes de leur régression sont connues : élimination de leurs sites de
nidification, raréfaction des plantes qui leur fournissent nectar et
pollen, maladies et parasites... Et, surtout, épandage de pesticides,
particulièrement destructeurs pour les abeilles. Celles-ci, en effet,
possèdent très peu de gènes de détoxification, comme l'a confirmé tout
récemment le séquençage du génome de l'abeille domestique.Comment
agir ? En ce qui concerne la réduction et la fragmentation de leurs
habitats, on peut tout à fait renverser la tendance. Si on se contente
de faucher les talus une fois par an, si on préserve un peu mieux les
prairies naturelles, si on optimise l'utilisation des jachères
fleuries, les abeilles se porteront déjà mieux. De même si l'on prend
des mesures plus efficaces d'un continent à un autre contre les espèces
invasives, tel le frelon asiatique. Mais, avant tout, il faut réduire
l'usage des pesticides. Les agriculteurs comme les jardiniers doivent
prendre conscience que les abeilles sont totalement démunies vis-à-vis
de ces produits toxiques. Et qu'elles sont de précieuses auxiliaires de
leurs cultures, à protéger en priorité.
Dans le cadre du
programme de recherche européen Alarm sur la biodiversité, votre équipe
est chargée d'évaluer l'impact agronomique et économique des
pollinisateurs sur l'agriculture européenne. Quelles sont les premières
conclusions de cette étude ?
Il apparaît que l'impact des
pollinisateurs est considérable : au niveau mondial, il représente
environ 10 % du chiffre d'affaires de l'ensemble de l'agriculture. Et
les pays qui en sont les plus dépendants sont les pays développés.

Propos recueillis par Catherine Vincent

Article paru dans l'édition \"Le Monde\" du 14.10
.07.



Dernière édition par tykermiel le Mer 20 Fév 2008, 01:19, édité 1 fois

papiculteur2
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Re: Un monde sans fruits ni légumes ?

Message par Invité le Sam 26 Déc 2009, 13:43

Je me rappelle les voyages estivaux de mon enfance: le pare-brise de la voiture était marqué par les impacts de la collision avec les insectes au point que son nettoyage manuel était une pratique régulière, normale.
J'habite à la campagne depuis plusieurs années et actionne assez rarement le nettoyage de mon pare-brise.
Comment peut-on croire que l'éradication d'une bonne partie des insectes ne puisse pas avoir un effet sur les humains, directement (maladies de type cancer, allergie...) ou indirectement (effets sur l'agriculture)?
L'été dernier, j'ai eu de forts doutes sur le mauvais rendement de certaines cultures de mon potager (légumes fruits) et le déficit en insectes butineurs.

Oncle Fritz

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Où est passé le bourdonnement des abeilles ?

Message par jfc69 le Dim 27 Déc 2009, 18:52

L'une des raisons qui m'ont fait franchir le pas de l'apiculture, c'est que je n'observais désormais que rarement des abeilles sur les arbres fruitiers de mon jardin et dans les plantations de fleurs, là où j'en avais pourtant observé pendant de longues années, et très rarement dans la campagne. Au contraire, les bourdons me semblent de plus en plus nombreux.

jfc69
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Re: Un monde sans fruits ni légumes ?

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